Vivre ensemble, une rencontre?

Publié le par La migration des oies sauvages 2011

Partage sur la question de « exister ensemble ».

 

La migration des oies est avant tout et en premier lieu, une possibilité de vivre ensemble pendant 4 jours. Vivre ensemble c'est d'abord exister avec d'autres. Nous allons exister ensemble dans ce contexte particulier, qui est une sorte de huit clos en pleine campagne.

Qu'est ce qui s'offre à nous?

Un champ de possibles et un champ de contraintes. Le possible est l'ouvert qui nous est donné dès l'instant où nous sommes là. Et dans ce possible il y a  sur quoi, plus spécifiquement  nous allons porter notre attention.

Ce rapport monde-moi n'est pas sans contrainte: il y a à faire avec soi et l'autre, soi et l'environnement, soi et la situation, soi et ses représentations, ses possibles et impossibles etc...

La question de l'autre amène instantanément à la question de soi. Le soi...qu'est ce que le soi? Ce serait cette identité que je me suis forgée et que je défends. C'est ce à quoi je m'identifie et que j'affirme. C'est par elle (identité-soi) que je peux me faire reconnaître. Sans elle, incarnée dans ce corps que j’ai,  je n'existe pas.

Il y a aussi toute cette expression (le langage) qui m'échappe la plupart du temps, que je réfrène souvent, que je cherche à contrôler : l'aspect affectif et émotionnel (ce que j’éprouve).Ce que j’exprime, imprime l’autre. Ma bonne humeur ne fera pas l’effet d’une mauvaise humeur… Dévoiler le difficile, ce serait, aussi, risquer de dire ma fragilité.  Ce jeu garder-dévoiler me met en tension. Je suis présence, et je pense bien que « ça » dit plus que je ne l'imagine, alors je me tiens comme je peux.

 

Je suis cet être humain jeté au monde et qui se crée à chaque instant (monde : tout ce qui est d'emblée là, pour moi). C'est une co-création constante monde-moi. Je suis là entièrement au monde (L'être-au-monde de Heidegger). Où suis-je, alors? Je suis dans une présence et comme absente au moi. Absence / Présence. Être : la présence qui saisit tout dans son entièreté sans à cet instant même, en avoir conscience. C'est l'entente d'une tonalité de base. (Heidegger)

Comment puis-je me rapporter à cela? Je voyage entre ce que je sens, ce que je perçois et ce que j'identifie, ce que j'élabore, ce que je suis.

Exister, serait-ce tenter d'avoir ce petit recul, qui m'amène à penser mon exister, de me reprendre au quotidien pour me soucier de qui je suis (Heidegger)?

Est ce que tout d'un coup je pourrais saisir l'image sans rester coller à l'image? Entendre le dire au delà du dire? Saisir qu'il s'agit d'une représentation et que nous sommes tous pris dedans d'une manière singulière? Que je ne suis qu’à condition du reste ? Que cette situation que je vais vivre est intriquée dans celle là même que vous vivrez avec moi ? Que nous allons tous être créateurs d’une même entente ?

 

Notre responsabilité est entière à tout moment, tant j'ai à être là, à endurer d'exister, et dans la mesure du possible à me choisir avec un peu de conscience (car finalement, quoi que je fasse, je me suis déjà choisi -Heidegger - ce serait peut être de l'admettre!). Cela implique que je suis engagée de fait, je suis là avec tous les possibles, pris dans ce monde de représentations et de significations où je cherche à me dire comme je peux avec des gestes et avec des mots qui circonscrivent, de toute façon. Et il y a quelque chose qui forcément se parle à mon insu : mes couleurs.

 

Ce « exister ensemble » que nous partagerons d'une manière ou d'une autre, c'est se frotter à tout cela, et à mon avis, cela a tout son intérêt et sa richesse à partir du moment où je n'élude pas la question de comment cela est pour moi, et que je veuille bien entendre comment est-ce pour l'autre. Il y a quelque chose à tenir pour la « rencontre » qui est notre thème. Tenir cette tension que l'autre est , et que je suis et que cela dépasse certainement toute représentation. Ce que je tente de dire c'est que "être" cela se passe au delà des représentations (qui ne sont qu'un regard, qu'un point de vue,qu'une interprétation) dans lesquelles nous sommes pris.

Ce thème m'est cher, car j'ai pu à certaines occasions faire l'expérience d'aller avec les mots au delà des mots...  pour nous trouver dans ce « champ » ou cette « présence » ou cette « clarté » que j'appelle « rencontre ». Parfois ça a été difficile car la tension était extrême, mais tenir m'a convié à l'ouverture. D'autres fois les rencontres se font toutes seules, c'est fluide et cela ne demande pas d'effort.

 

Je suis avec la volonté de ne pas projeter ou attendre quelque chose qui, de fait, enfermerait (ce qui est déjà une attente!!). Quand je dis cela, je dis aussi que si je n'attends pas, je ne juge pas. Je n'attends pas que cela soit comme ci ou comme ça...je ne peux donc pas juger que cela aurait dû être autrement. Si je pense comme ça,  cela veut dire que je suis dans la croyance que je contrôle tout, et que c'est de mon recours ou du vôtre que cela en soit autrement.

Non, nous sommes impliqués ensemble et je ne peux en porter toute la responsabilité. Nous sommes co-responsables (dans le sens d'être impliqué ).

J'ai des espoirs, j'ai des aspirations, une visée, je pose des choix et je suis prête à être avec ce qui sera sans savoir comment. Le cadre que nous vous proposons (nous les oies de tête) est ce que nous avons pensé nécessaire pour une suffisante sécurité, le reste nous allons le créer. Nous sommes partis pour une co-création.

Oui nous avons l'opportunité de faire l'expérience d'une co-création et qui en est une, parce que  nous choisissons de le regarder ainsi (cf: les 5 principes de champ).

Et, je veux rire et pleurer de mes difficultés, de mon horizon borné, et des attentes qui vont échapper à ma vigilance....car je suis simplement humaine avec ma puissante et ma fragilité.

 

Comme vous l’avez compris, le thème de la rencontre est au cœur de « exister ensemble ». Je suis heureuse qu’à l’ occasion de cette expérience de vie, nous explorions les variétés de styles qui feront la richesse de  notre rencontre.

 

 

Je remercie Renaud de son soutien réflexif.

 

Marie

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